Alors que le Canada se dirige vers une élection fédérale déterminante en 2025, l’incertitude plane — non seulement dans les cercles politiques, mais également dans l’ensemble du milieu des affaires. Cette élection survient à un moment de profonds bouleversements sociaux, économiques et géopolitiques pour le secteur de l’entretien et de la réparation automobile.
Lors de la Conférence de l’industrie canadienne de l’entretien et de la réparation automobile (CAIC), David Coletto, fondateur, président et chef de la direction d’Abacus Data — l’un des analystes de l’opinion publique les plus respectés au pays — a livré aux participants une analyse percutante de l’importance cruciale de cette élection pour l’avenir du secteur de l’entretien et de la réparation automobile au Canada.

David Coletto, Abacus Data
De la rareté à la précarité : le changement de mentalité des consommateurs
Au cours des deux dernières années, les Canadiens ont adopté ce que Coletto appelle une « mentalité de rareté » — une impression généralisée que les biens et services essentiels sont de plus en plus difficiles d’accès, qu’il s’agisse du logement abordable, d’un médecin de famille ou d’un véhicule fiable. L’inflation, les taux d’intérêt élevés et l’instabilité économique ont fortement influencé les décisions des consommateurs. Toutefois, depuis quelques mois à peine, Coletto affirme que les Canadiens sont passés à une nouvelle phase : la précarité.
Alors que la rareté engendre de l’anxiété liée aux coûts et à l’accès, la précarité reflète une peur plus profonde — celle que les systèmes sur lesquels nous comptons ne soient plus stables. Il ne s’agit plus seulement de savoir si les gens peuvent faire entretenir ou réparer leur véhicule, mais si ces services demeureront disponibles et abordables demain. De l’instabilité économique aux préoccupations climatiques, en passant par l’influence grandissante de la politique américaine, les Canadiens se sentent vulnérables de manière inédite.
Ce changement de mentalité influence la façon dont les Canadiens votent — et dépensent.
Une élection marquée par l’émotion et l’incertitude
Le paysage politique canadien a radicalement changé depuis la fin de 2024. Pendant des mois, le Parti conservateur, dirigé par Pierre Poilievre, menait dans les sondages. Peu après, le premier ministre Justin Trudeau a démissionné, et le nouveau chef du Parti libéral, Mark Carney, est entré en fonction. Entre-temps, les discussions ont porté sur le commerce, les tarifs douaniers et le retour potentiel de Trump au pouvoir.
Aujourd’hui, à la fin mars, le Parti libéral et Mark Carney ont gagné un élan important et, pour tirer parti de cette dynamique, ont déclenché des élections qui se tiendront le 28 avril.
Bien que l’abordabilité demeure la principale préoccupation, la politique américaine est devenue le deuxième enjeu en importance pour les électeurs canadiens — devançant les soins de santé et le logement.
Ce que cela signifie pour le secteur de l’entretien et de la réparation automobile
1. Les consommateurs reportent les achats importants
Près de 70 pour cent des Canadiens affirment repousser les achats majeurs — comme l’achat d’un véhicule — en raison de l’incertitude économique. Cela a un impact direct sur les concessionnaires automobiles, les ateliers de réparation et les entreprises du secteur de l’entretien et de la réparration automobile. Les consommateurs conservent leurs véhicules plus longtemps, ce qui pourrait accroître la demande pour l’entretien et les réparations — une bonne nouvelle pour le secteur — mais qui met aussi une pression accrue sur l’accessibilité financière et la disponibilité des pièces.
2. Le droit à la réparation et la représentation locale
Le droit à la réparation demeure un enjeu crucial — et en période de stress économique, il est plus pertinent que jamais. Les Canadiens veulent des options de réparation accessibles et abordables. Si les dirigeants politiques veulent sérieusement s’attaquer à l’abordabilité et favoriser la concurrence, le secteur de l’entretien automobile doit s’assurer que cet enjeu figure en tête de l’ordre du jour fédéral.
Les efforts de représentation doivent dépasser les considérations économiques et s’adresser aux préoccupations évolutives des électeurs : équité, autonomie et résilience locale.
3. Immigration, main-d’œuvre et vision à long terme
La politique d’immigration est maintenant en pause après un revirement marqué de l’opinion publique. Ce qui était autrefois considéré comme une force du Canada est aujourd’hui remis en question, alors que 70 pour cent des Canadiens estiment que nos cibles sont trop élevées.
Cela représente une véritable menace pour les industries comme celle de l’entretien automobile, qui dépendent de talents internationaux — des techniciens au personnel de service. À long terme, le secteur devra contribuer à rétablir la confiance du public envers l’immigration en démontrant comment les nouveaux arrivants renforcent les communautés locales et assurent le maintien de services essentiels.
Ce qu’il faut surveiller : indicateurs clés d’ici le jour du vote
L’élection à venir se déroule dans un contexte complexe marqué par des priorités concurrentes. Une tension clé existe entre l’abordabilité et la stabilité — les électeurs doivent décider si leur priorité est le coût de la vie ou l’instabilité mondiale.
Parallèlement, les récents sondages révèlent un regain de soutien pour les libéraux, accompagné d’une baisse pour les conservateurs. Cependant, la course demeure très serrée et pourrait se dérouler différemment selon les régions.
Le fossé générationnel est aussi marqué : les jeunes électeurs priorisent la survie économique, tandis que les électeurs plus âgés s’inquiètent davantage des enjeux géopolitiques. Les messages et les programmes politiques devront donc résonner auprès des deux groupes.
Enfin, le clivage entre les régions rurales et urbaines s’accentue. Les conservateurs conservent un fort appui en milieu rural, tandis que les libéraux gagnent du terrain dans les circonscriptions urbaines et celles de banlieue, ce qui pourrait mener à des résultats réglementaires divergents selon les régions — par exemple, les entreprises du secteur de l’entretien et de la réparation automobile situées en milieu urbain pourraient faire face à des défis bien différents de celles en région rurale.
Regard vers l’avenir
L’élection fédérale de 2025 ne déterminera pas seulement qui formera le gouvernement — elle façonnera l’environnement opérationnel du secteur canadien de l’entretien et de la réparation automobile pour les années à venir. De la perception des consommateurs à l’immigration, des politiques commerciales aux réglementations environnementales, les répercussions se feront sentir dans chaque atelier, aire de service et fournisseur de pièces du pays.
Que vous vous prépariez à des changements réglementaires, à ajuster votre chaîne d’approvisionnement ou à miser sur l’engagement local, c’est maintenant qu’il faut rester informé, polyvalent et connecté à l’évolution du paysage politique.
Car en période de précarité, la résilience n’est pas qu’un mot à la mode — c’est une nécessité d’affaires.
Participez
Avec l’élection fédérale qui approche, la nouvelle plateforme en ligne de l’AIA Canada, MarcheSecondaireVote.ca, vise à aider les professionnels de l’industrie de l’entretien et de la réparation automobile à faire valoir les priorités du secteur, telles que le droit à la réparation, la lutte contre le vol de véhicules et la pénurie de main-d’œuvre. Cette plateforme fournit des outils pour communiquer directement avec les candidats dans les circonscriptions partout au pays. Les professionnels et les entreprises du secteur peuvent s’impliquer en entrant en contact avec leur candidat local, en présentant leur entreprise ou en envoyant une lettre pour appuyer leurs efforts de représentation.
Ce blogue a été créé à partir de la présentation de David Coletto, Élections fédérales de 2025 : perspectives pour l’industrie canadienne de l’entretien et de la réparation automobile, présentée lors de l’édition 2025 de la Conférence nationale de l’AIA Canada dans le cadre de la Conférence de l’industrie canadienne de l’entretien et de la réparation automobile.